Le désir, pour conduire sa vie ?
« Etre ou avoir, telle est la question », cette
maxime s’appliquerait-elle aussi au désir ? En effet, dans cette société
qui veut faire de chacun des consommateurs, la vision du désir se réduit bien
souvent, à la possession de l’objet. Le désir peut-il aussi jouer sur la
partition de l’être ?
Etre et avoir ? Avoir ou être ?
Situer le désir du côté de l’avoir, n’est-ce pas chercher à
nier le manque ? Chercher à nier le fait que l’être humain est ainsi
constitué qu’il ne pourra jamais ni être comblé, ni penser combler l’autre.
C’est de la castration dont il est question, mais est-il si simple de l’assumer
cette castration dans la société actuelle ? Cette société du XXIe siècle
voudrait nous faire croire que la possession de l’objet d’amour est possible,
que nous pouvons être heureux et le rester indéfiniment par le fait de
posséder. Cette logique de la possession consiste à chercher à avoir
toujours plus, à être à l’affut des dernières technologies pour les utiliser
comme faire-valoir. Elle va dans le sens d’une volonté de maîtrise, de contrôle
et marque une difficulté à lâcher prise et à se laisser conduire par la vie et
tous ses imprévus, une difficulté à marcher sans avoir tout programmé à l’avance.
Mais avoir tout prévu est source d’insatisfaction car il est rare que les
événements se déroulent comme prévu. Ainsi, la vraie rencontre est toujours
surprenante car elle laisse la place à ce que l’autre apporte. Elle ouvre la
voie de la réciprocité entre donner et recevoir.
Quelle fragilité intérieure que de baser toute sa vie sur
cette volonté de maîtrise. Un objet extérieur, que l’on peut tenir dans ses
mains et manipuler comme on le souhaite est plus facile à contrôler qu’un objet
interne qui échappe à la prise. C’est une manière de confondre désir et
volonté. Derrière cette volonté de maîtrise se cache une angoisse devant la
vie, une angoisse que la vie ne nous donne pas la vie ?? Une angoisse
qu’il manque toujours quelque chose ? Or c’est bien le propre du désir que
d’être fondé sur le manque, un manque assumé.
L’objet du désir peut-il devenir interne ou reste-t-il
externe ? Externe, il demeure entre les mains et il est manipulé à la guise
par le possesseur des mains : aucune relation, aucune réciprocité
entre le possesseur des mains et
l’objet. L’être humain est alors vécu comme possédant aussi son corps pour
l’utiliser à sa guise. La relation entre l’objet externe et la personne est
alors une relation de pouvoir, de manipulation de l’un par l’autre. C’est une
relation de dépendance qui s’instaure
avec l’objet. A ce moment, il n’est plus question de désir mais de besoin.
Pourtant, le destin de cet objet du désir n’est pas de
rester externe. Son destin est au contraire d’être, petit à petit, internalisé.
L’objet prend un sens singulier pour le sujet qui alors habite son corps plutôt que de le posséder et
le manipuler. Un objet interne (que ce
soit une personne ou un attrait pour telle activité…) a sa source dans un
univers intérieur. Interne, l’objet a une influence sur le sujet du désir, une
relation s’établit où ni l’un ni l’autre ne peut posséder ni contrôler l’autre.
Le désir d’être n’est pas de l’ordre de la maîtrise, mais de
la confiance en la vie qui trace son chemin. La confiance dans ce lieu intime,
le Soi, source du désir et source de la
vie que tout sujet reçoit jour après
jour. Personne ne sait où la vie va le conduire, où le désir va le
conduire !!
Le désir ne serait-ce pas cette posture d’obéissance au
réel, cette attention qui sait tracer jour après jour le chemin dans un réel
inaltérable, cette boussole pour conduire sa vie au travers de tous les aléas ?
Car la définition du réel, de la réalité, c’est bien d’échapper. Il n’est pas
possible d’avoir prise sur la réalité, il faut composer avec ce qui arrive et
qui n’était pas prévu. Et alors le défi du désir consiste à tracer un chemin, à
faire de sa vie une œuvre d’art pour ne pas se laisser enfermer dans une
réalité difficile mais pour la transformer ! Quelle grande humilité à
travailler en soi pour ne pas se croire arrivée, pour être toujours en position d’apprendre de
la vie et des autres !
Le désir est un chemin d’humilité. Laisser parler son désir, c’est
tenir au plus près de la vérité qui est en soi, pour qu’elle nous aide à
conduire notre vie et à garder le cap.
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